Tu as le droit de ne pas aller voir ton cheval

(et si tu avais besoin d’une permission, je te la donne)

 
Tu as le droit de ne pas aller voir ton cheval (et si tu avais besoin d’une permission, je te la donne)
 
 
 

Oui, j’ai mes chevaux à côté de la maison, oui, il y a des jours où j’ai le temps, oui, je les aime, et oui pourtant, il y a des jours où j’ai juste pas envie d’aller les voir… Voilà, c’est dit ! Surtout quand il pleut ou que les crottins sont gorgés d’eau, qu’il fait trop froid, trop chaud, trop humide ou qu’il y a de la boue, bref en gros dès que les conditions climatiques ne sont pas idéales de mon point de vue, ce qui correspond à pas mal de jours dans l’année lol !

Et si toi aussi tu ressens ça, tu n’es pas une mauvaise proprio, gardienne ou personne, non, tu es juste humaine.

Cassons le mythe

Il y a comme un consensus dans le milieu équestre qui dit que si tu as un cheval, tu dois t’en occuper, il ne doit pas rester à rien faire et surtout tu dois le travailler. Combien de fois j’ai fait des balades à pied avec ma jument Uri et que des gens m’ont demandé mais vous le montez pas ? Parce que dans leur tête, avoir un cheval ça veut dire le monter, faire des concours ou des balades montées. Et quand tu dis non, là je fais juste une balade à pied, il y a souvent une réaction de surprise et d’incompréhension, bah oui un cheval c’est obligatoirement fait pour être monté non ?

Et pareil, il y a des gens qui pensent aussi que parce que tu as un cheval c’est ok de venir le monter quand eux ils veulent, sans s’occuper de savoir si le cheval est monté de base, de son état physique, s’il est en retraite ou blessé ou autre. Sorry, but not sorry mais non, ça ne se passe pas comme ça, tu vas pas venir monter mes chevaux comme ça.

Parfois, ça me donne vraiment l’impression que nos chevaux doivent être occupés tout le temps, que pour les rentabiliser au max, il faut qu’on soit avec eux à faire des trucs tout le temps. Et ça crée une culpabilité énorme si tu vas pas voir ton cheval, si tu ne le travailles pas et que tu le regardes juste dans son pré, ou si tu oses ne pas le monter pour diverses raisons. Tu as clairement l’impression de passer pour la mauvaise proprio, la mauvaise gardienne qui s’occupe pas de son cheval, alors que souvent c’est complètement l’inverse.

Sauf que spoiler alert les gars : nos chevaux maintenant ce sont des chevaux de compagnie, car souvent on aime plus le cheval en lui même, que de monter dessus. Avant (au temps de jadis!) quand les chevaux étaient utilisés dans l’armée, oui il fallait les faire travailler, rentabiliser les grains qu’ils mangeaient et les parquer dans des box pour que ce soit plus “facile” de les préparer. Mais là maintenant, on a nos chevaux parce qu’on les aime, et ça change complètement la relation qu’on peut avoir avec eux.

Je te rassure, tu n’as pas besoin d’utiliser ton cheval pour que ta relation avec lui ait de la valeur.

Et surtout, quand tu as ton cheval à la maison, bien souvent tu passes beaucoup plus de temps à ramasser les crottins, à refaire les clôtures, à faire les filets à foin, qu’à le travailler ou même à le monter.

Tu es avec lui d’une autre façon et tu crées une autre relation avec lui, plus vraie et c’est comme ça qu’il devient un membre à part entière de ta famille.

Le contexte change tout

Quand ma jument Uri était en pension box paddock, je me forçais à aller la voir tous les jours même les jours où j’avais pas envie, et j’évitais au max de sauter un jour. Pourquoi ? Parce que je me demandais, est-ce que quelqu’un allait vraiment la sortir pour la mettre au paddock ? Est-ce qu’ils allaient voir si elle était blessée ou pas bien ? Est-ce qu’ils allaient vraiment lui donner ses compléments ? Est-ce qu’elle aurait assez de foin ? Est-ce qu’elle allait s’ennuyer ? Et ça me rajoutait une pression énorme.

Maintenant elle est dehors, à la maison, la pression est toujours là mais différente. Elle est dehors avec ses copains, elle a un abri où elle peut choisir d’aller ou non, de l’espace, de l’eau, du foin, et quand les prairies sont ouvertes, de l’herbe à volonté.

Et clairement, elle s’en fout que je vienne ou pas, elle est dans le moment présent. Si je suis là à m’occuper d’elle, elle est “contente”, et encore ça dépend des jours et de son humeur. Si je ne suis pas là, elle vit sa life avec ses copains, ce n’est pas du tout la même chose qu’un cheval en box qui attend pour pouvoir sortir.

Par contre, les jours où j’arrive en mode j’ai pas le temps, je dois vite faire et partir, direct elle va être beaucoup plus speed, plus énervée, plus difficile à attraper. Elle réagit comme ça parce que moi je suis comme ça, elle est stressée parce que moi je suis stressée. 

Ton cheval s’en fout de savoir combien de fois tu viens, par contre si à chaque fois tu arrives stressée et pas bien, il va associer ta présence à ça.

 Et c’est l’inverse de ce que tu veux, tu veux qu’il passe un top moment avec toi, comme toi avec lui.

Aller le voir parce qu’il faut que …

Ça m’est déjà arrivé de me forcer à aller faire une séance parce que j’avais payé un cours, alors qu’il faisait froid, que j’avais pas envie, que tout mon corps me disait de pas y aller mais que je me sentais obligée. Et bien sûr ça a été une petite cata… Ma jument, Uri sentait que je n’avais pas réellement envie d’être là, que je forçais, et elle aussi se mettait en mode j’ai pas envie.

Pendant une heure c’était un calvaire pour elle comme pour moi, et c’était totalement normal.

Il aurait été beaucoup plus sain de ne pas y aller ces jours-là que d’y aller et de passer un mauvais moment. Avec le recul je le regrette, et maintenant que je m’écoute beaucoup plus, je ne me force plus, et je t’invite à faire pareil.

Le minimum vital, voilà où s’arrête ton obligation

Perso mon minimum vital pour mes chevaux c’est du foin ou de l’herbe, de l’eau à dispo, leur ration, et basta. Les crottins, si je les ramasse pas pendant deux ou trois jours, ils ne vont pas en mourir. Les clôtures, pareil, si les chevaux ne peuvent pas se barrer ça peut attendre le lendemain, idem pour les trois taches de boue qu’ils ont sur le cul, ça peut attendre aussi, ils pourront être brossés plus tard.

Maintenant, tout ce qui n’est pas urgent et important, ça attend.

Et ce n’est pas négliger ses chevaux quand on fait ça. Il y a une vraie différence entre négliger son cheval et faire juste une pause d’une journée sur ce qui n’est pas important. Le lendemain, toi comme moi, contrairement à une personne négligente qui ne s’occuperait même pas de vérifier si son cheval a encore de l’eau et de quoi manger, tu vas sûrement passer trois heures à le brosser, à passer du temps avec lui, à faire les clôtures et à ramasser les crottins pour “rattraper”.

Et ça, c’est exactement l’inverse d’une personne négligente.

En fonction de ton élément, comment tu culpabilises si tu ne vas pas voir ton cheval change

  • Une personne Terre va culpabiliser à mort. Elle va se dire qu’elle est une mauvaise proprio, que son cheval serait mieux avec quelqu’un d’autre et qu’elle ne fait pas assez pour lui. Alors que pas du tout, c’est même plutôt l’inverse.

  • Une personne Feu comme moi, va vouloir trop en faire, aller le voir et vouloir en faire toujours plus, et ça va finir par la mettre à plat, voire la dégoûter des chevaux, tout ça parce qu’elle s’est épuisée elle-même.

  • Une personne Bois va vouloir à tout prix suivre son planning. Tel jour je le monte, tel jour je fais ça, tel jour je fais ci. Elle ne va pas s’autoriser à avoir des jours off, parce qu’il faut avancer vers sa compétition ou vers son objectif. Sauf que ça mène souvent à des blessures, soit pour elle soit pour son cheval, parce qu’elle ne s’autorise pas à souffler.

  • Une personne Métal va tellement avoir peur de mal faire, de rater quelque chose, qu’elle peut aller voir son cheval trois fois dans la journée pour vérifier si tout va bien. Et cette anxiété va aussi finir par l’épuiser.

  • Une personne Eau va s’épuiser à aller voir son cheval parce qu’elle a peur du jugement si les gens ne la voient pas le travailler. Elle va se forcer à y aller et à faire des choses alors qu’elle aurait juste envie de se poser dans le pré à le regarder brouter.

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Les vraies questions à te poser

Pourquoi tu vas voir ton cheval ? C’est vraiment THE question.

  • Est-ce que c’est par obligation ? Si oui, qu’est-ce que tu peux faire pour que ce soit uniquement le strict minimum vital et que ça te prenne pas trop d’énergie ? Ou est-ce que tu peux déléguer à quelqu’un certains jours ?

  • Est-ce que c’est parce que tu as vraiment envie ? Alors vas-y et profites-en à fond, et oublie tout le reste.

Perso, parfois je vais simplement voir mes chevaux pour leur faire un câlin. Je reste là 5 à 10 minutes jusqu’à ce que le cheval se barre, et c’est tout.

Ça a l’air de rien mais c’est largement suffisant pour notre relation.

Mais aussi, est-ce que tu arrives facilement dans ta journée à t’accorder des moments rien que pour toi, cinq minutes où tu es seule avec toi-même sans faire quelque chose pour quelqu’un d’autre ?

Si la réponse c’est non, c’est un bon indice comme quoi c’est déjà compliqué pour toi de ne pas être occupée à faire quelque chose ou à prendre soin des autres en permanence.

Et si c’est compliqué dans ta vie en général, CQFD … ça va l’être aussi avec ton cheval.

Si ça t’aide, prévois tes moments off à l’avance

Plutôt que de subir les jours où tu n’as pas envie et de culpabiliser dessus, prévois-les.

  • Si tu es plus Métal, Bois ou Terre et que tu as besoin de structure et de routine, décide à l’avance que par exemple le mercredi c’est ton jour off.

  • Si tu es plus Feu ou Eau et que tu fonctionnes à l’instinct, laisse-toi la liberté de décider selon comment tu te sens ou en fonction de la météo.

Perso, en bon petit Feu, j’ai tendance à suivre mes envies mais aussi la météo, donc s’il pleut des cordes, clairement ça va être strict minimum vital. Par contre lorsque je prévois des stages ou des visites dans ma famille, je m’organise en amont pour que les trois ou quatre jours où je ne suis pas là, les chevaux aient tout ce qu’il faut en strict minimum vital.

Ça m’évite de me priver de faire quelque chose, ça me permet de rester libre tout en ayant des chevaux, et aussi de ne pas culpabiliser à mort de ne pas m’en occuper pendant quelques jours.

L’important surtout c’est de t’autoriser à faire des pauses avant d’arriver au point de vouloir vendre ton cheval ou d’être en burnout de ton propre cheval.

Parce que c’est quand tu arrives à saturation, quand tu te forces depuis trop longtemps, que tu perds ta joie d’être avec lui. Tu finis par être dégoûtée de ta passion alors qu’il suffisait juste de remettre un peu d’équilibre dans ton fonctionnement avec lui.

Plus tu vas prendre soin de toi, plus tu vas avoir envie d’aller le voir. Et plus tu vas avoir envie d’aller le voir, meilleure sera votre relation.

Tout part de toi dans ta relation avec ton cheval. Si toi tu vas bien, ta relation avec ton cheval ira bien aussi.

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